REGLES DE VIE SPIRITUELLE A L’ASHRAM - DEUXIEME PARTIE

Deuxième et dernière partie d’une conférence de Swami Shuddhananda Giri au Kriya Yoga Institute le 15/10/2001.

Huit Choses à Éviter - Suite
D’après les écritures, il y a huit choses que les Brahmacharis devraient éviter: Kama, Krodha, Lobha, Sradha, Sringara, Kautikam, Nidra, Oti Seva.

5. Sringara - activité sexuelle. L’activité sexuelle est interdite aux brahmacharis. Elle n’est permise qu’aux gens mariés. Cela veut dire aucune activité sexuelle en aucun cas, mentale ou physique. Il faut s’en libérer complètement. Même si vous êtes chef de famille et que vous vivez dans un ashram, vous devriez vous en libérer.

6. Kautikam - amusement. On aime visiter des endroits intéressants, aller au cinéma, écouter de la bonne musique, la radio et plaisanter. Trop d’amusement n’est pas bon car ces choses essayent de distraire votre mental du niveau spirituel. Elles vous maintiennent dans le monde matériel.

7. Nidra - le sommeil. Comme je l’ai déjà expliqué, dormir trop n’est pas bon. Nous passons un tiers de notre vie à dormir ou à nous reposer. Il y a une chose qui permet de mesurer votre vie spirituelle: si vous vous rendez-compte que vous dormez de moins en moins, c’est que vous progressez au niveau spirituel. Si vous vous sentez endormi et que vous avez besoin de davantage de sommeil, ce n’est pas bon. Ceux qui font beaucoup de travail physique ont besoin de dormir davantage, au maximum 8 heures. Je n’ai pas l’intention d’imposer mon point de vue. Je vous fais part de ma propre expérience. Lorsque votre pratique s’approfondit, lorsque vous êtes vraiment intéressé dans le développement de votre vie spirituelle, vous dormez moins. Cela se produit automatiquement et vient du dedans. Vous ne pouvez pas dormir davantage.

8. Oti Seva - le service. Rendre trop service n’est pas bon. Les gens pensent que parce qu’ils vivent dans un ashram, ils devraient travailler de plus en plus. Ce n’est pas bon. Il faut limiter le travail. Lorsque vous réalisez que votre vigilance décroît et que vous êtes submergé par le travail, arrêtez-vous et asseyez vous cinq minutes en silence. Trop de travail vous fera redescendre au niveau du corps parce que vous ne pouvez plus vous maintenir dans la conscience. Vous vous demandez peut-être combien vous pouvez travailler. Vous pouvez travailler, mais lorsque vous vous sentez distrait, que votre lucidité, votre vigilance s’érodent, arrêtez-vous. Il n’y a pas de plan préétabli. Rendre service de manière excessive n’est donc pas bon. Tout devrait être pratiqué avec modération. Vous êtes ici pour votre pratique spirituelle et non pas simplement pour le travail.

Le Travail Devient Un Culte Rendu a Dieu.

Pourquoi travaillez-vous? Vous travaillez pour vous purifier parce que vous en êtes au stage préliminaire. Si l’on vous disait de méditer toute la journée vous seriez confus et vous auriez davantage de pensées négatives. C’est pourquoi, au départ, on confie un certain nombre de taches aux brahmacharis. Vous allez à la méditation du matin puis vous accomplissez une heure ou deux de seva. Puis vous allez de nouveau méditer, lire les écritures, vous asseoir avec le Maître et vous retournez au seva. Tout doit être proportionné. Posez vous la question de savoir combien de travail vous pouvez accomplir tout en gardant votre vigilance intérieure. Si vous restez vigilant, tout va bien. Le travail accompli dans la vigilance, dans l’amour, pour rendre service, ce travail devient un culte rendu à Dieu. Si vous faites votre travail distraitement, sans vouloir rendre service, le travail devient juste une corvée et cela ne vous apportera pas le développement spirituel.

Le plus important de ces huit points est le premier. Si vous voulez vraiment réaliser le Soi ou réaliser Dieu, ou vivre une vie paisible, ou vivre une vie heureuse, vous ne pouvez pas avoir de désirs matériels. Vous avez une tâche à accomplir si vous êtes chef de famille mais lorsque vous l’accomplissez restez vigilant à tout moment. Observer le souffle est un premier pas. Par la conscience du souffle vous pouvez maintenir la conscience dans vos actions et lorsque vous êtes conscient dans vos actions, c’est le Kriya pratique: la conscience dans l’action. En pratiquant cela, vous devenez conscient de votre activité mentale qui entraîne une lucidité intérieure et débouche sur l’état d’observation ou de conscience. La conscience du souffle est donc le premier pas. Par la conscience du mental vous atteignez la conscience de soi. Si je vous dis d’être conscient dans l’action, c’est difficile. Mais si je vous dis d’observer votre souffle pendant l’action c’est plus facile parce que vous pouvez sentir votre souffle et percevoir le passage du souffle.

Quel Est Votre Désir?

Il y a un beau dicton en Sanscrit: “vidyatena kutoshukhah. sukaahatena kutovidyah.
vidyatena tajatsukham. sukhatena tajetvidya.”

Cela veut dire que les brahmacharis qui veulent la connaissance spirituelle, la conscience ou la réalisation doivent abandonner tous les désirs matériels. Ceux qui veulent les désirs matériels ne veulent pas la connaissance spirituelle., la conscience spirituelle ou la réalisation. Pour les vrais brahmacharis il n’y a pas de bonheur qui puisse venir du monde matériel et eux seuls atteignent la béatitude. C’est très clair. Ce qui se produit dans la vie spirituelle c’est qu’on utilise le corps et le métal dans le monde matériel mais on reste conscient.

Où est donc votre désir? Vous pouvez vous poser la question: quelle est l’intensité mon désir? Quel est mon désir? Pourquoi suis-je dans un ashram? Pourquoi ai-je cette aversion pour la vie et ai-je tout quitté? Quel est mon but dans la vie? Dans la vie spirituelle vous pouvez vous demander si vos désirs matériels diminuent tous les jours. Si c’est le cas c’est que vous êtes dans une phase de développement. Si vous vous comparez avec ce que vous étiez lorsque vous êtes entrés à l’ashram et que vous voyez que vos désirs sont les mêmes, c’est qu’il n’y a pas eu de développement spirituel car vous restez au même niveau mental inférieur.

Il faut être très clair: il ne devrait y avoir qu’un seul désir, le désir de réaliser le Soi. Il ne reste qu’un seul désir. Il n’y a pas d’autre désir. Il faut pratiquer cela.

On dit que dans la vie spirituelle, celui qui s’efforce de pratiquer ne devrait pas avoir de désir. La question se pose donc: qui est libre de tout désir? C’est celui dont tous les désirs sont comblés. Maintenant je pose la question: qui est celui dont tous les désirs ont étés comblés? La personne qui n’a qu’un désir, celui de réaliser le Soi. Le désir de Dieu, le désir du Soi, le désir de la réalisation n’est pas un désir car vous n’obtenez rien; c’est en vous. Il n’y a pas de temps ni d’espace; c’est tout. Lorsque vous désirez quelque chose dans la vie matérielle, il y a un temps et un espace, une distance. Il y a quelque chose que vous devez acquérir. Le désir du Soi n’est pas un désir parce que vous n’acquérez rien, vous réalisez simplement qui vous êtes. Le désir final pour un brahmachari ou ceux qui vivent dans un ashram devrait être le désir de Dieu, le désir de la réalisation. Ce genre de personne est sans désir. La recherche du fini est un désir mais le désir de l’infini n’est pas un désir, c’est votre propre Soi. Il faut pratiquer cela.

Demandez-vous quel est votre niveau. Vous pratiquez. Tenez un journal de vos activités, lisez-le le soir lorsque vous allez vous coucher et voyez ce que vous avez fait, combien de temps vous avez perdu. Et priez Dieu: “Oh Seigneur, rends-moi plus vigilant pour que je ne perde pas de temps demain, que j’ai moins de désir, pas de colère, pas d’avidité, que je ne courre pas après le goût de la jouissance, le sexe, l’amusement, que je ne dorme pas trop, que je ne rende pas trop de services.”

Action Sans Attachement

On peut appeler un chef de famille un brahmachari si il vit mentalement comme un brahmachari. Il devrait être clair que ce que vous faites sur le plan physique n’est pas important. C’est ce que l’on fait mentalement qui est important; c’est votre règle de conduite spirituelle parce que dans la vie matérielle , comme dans la vie de famille, vous devez vivre avec beaucoup de gens et vous avez beaucoup de choses à faire. Donc, dans chacune de vos obligations, à tout moment, dans chaque action, restez conscient que vous n’agissez pas simplement pour accomplir cette action particulière. Vous rendez service, vous aidez les autres parce que c’est votre devoir. Vous devriez faire ce que vous avez à faire sans attachement parce que vous n’avez qu’un attachement, votre attachement à Dieu, et cela n’est pas vraiment un attachement. Lahiri Mahasaya est un particulièrement bon exemple pour les chefs de famille; il n’est pas nécessaire de vivre dans un ashram, de devenir un ascète, de se faire moine. Il est possible de vivre en famille, de vivre une vie familiale et de réaliser le Soi.

Pratiquez régulièrement, ne soyez pas si attaché au monde matériel et ayez davantage de désir pour Dieu. Si vous pratiquez cela, que vous soyez dans un asharam ou que vous viviez en famille, c’est la même chose. Votre progrès dépend de votre désir. Le vouloir ne suffit pas. Comme le dit si bien Yogananda, si vous voulez quelque chose, il faut le mettre en pratique. Simplement le désir de la réalisation, de connaître Dieu, de connaître le Soi n’est pas suffisant. Le vrai désir est celui qu’on met en pratique, et plus on pratique, plus cela devient une habitude. La pratique spirituelle ne doit donc pas rester une pratique mais devrait se transformer en habitude de vie. Vous êtes constamment attaché, vous maintenez constamment une conscience supérieure. Vous réussirez si vous le voulez. Si vous vivez dans un ashram, vivez donc comme un brahmachari. Si vous prétendez être un brahmachari, vous devriez avoir les qualités d’un brahmachari. Sinon ne prétendez pas l’être. Respectez les valeurs morales et éthiques.

Tous les jours, régulièrement, méditez et pratiquez la technique. Quelque’un me posa la question: “Swamiji, on pratique la même technique tous les jours. Est-ce que ça ne devient pas monotone?” Je répondis: “Vous mangez du pain tous les jours, vous buvez de l’eau tous les jours, est-ce que vous trouvez ça monotone?” Pratiquez la même technique plus profondément, de plus en plus et vous réaliserez alors l’Etat. Lorsque vous atteignez la béatitude, il n’en suffit que d’une goutte et vous n’oubliez plus jamais la vie spirituelle. Oublier Dieu est beaucoup plus difficile que de se souvenir de Dieu. Comment pourrez-vous oublier lorsqu’Il devient vous, lorsqu’Il est votre vie, lorsqu’Il est votre souffle, lorsqu’Il est votre conscience? C’est de l’auto-purification. Essayez d’être plus pur au dedans et nettoyez la coupe intérieure. La vie intérieure consiste à purifier et la pratique de la méditation est votre nourriture spirituelle. De même que vous avez le temps de nourrir votre corps physique, vous devriez trouver le temps de nourrir votre corps spirituel, sinon votre vie est inutile. Ce que je vous dis repose sur ma propre expérience. Ce sont des règles de vie pratiques pour les qui veulent vraiment se développer spirituellement. Et c’est à vous d’accepter, c’est à vous de pratiquer. Vivez une bonne vie.


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